An dieser Nacht
Questa notte
Cette nuit-là
Des arbres centenaires s'étaient
réunis
Dans une clairière enlacée de
lune
C'était l'hiver
Leurs bras décharnés s'agitaient dans
le noir
Et les chênes tonnaient
Et les ormes se dandinaient
Et les charmes se
bousculaient
Rappelant Bucherons
Haches et charbonniers
Rappelant gel
Tonnerre et soirs de
tempête
Et chacun se
lamentait
Et chacun tremblait
Au souvenir terrifiant
Des hivers anciens
Et des bucherons assassins
Et leurs branches s'emmêlaient les
unes les autres
Et chacun tremblait
Et tous communiaient dans la même
terreur
Du temps retrouvé
Heureux de n'être plus qu'une longue
plainte
Mais les jeunes frênes
Eux
Et les frêles bouleaux
S'ennuyaient horriblement
Ils rêvaient de pluies tièdes et de
soleils bleus
Ils rêvaient de lumière et aussi
d'amoureux
Qui graveraient sur leurs
troncs
Des coeurs enlacés
Et de délicieuses obsénités
Ils rêvaient de bourgeons
Et de criards piaillements
Ils rêvaient ils rêvaient
Alors
"Foin des bocks et des
limonades"
Ils laissaient les
centenaires
Frissonner à l'unisson
De leurs pâles souvenirs
Et ils attendaient
Long des routes et fossés
Que finisse la nuit
Que finisse l'hiver
Que la lune remballe ses couteaux
d'argent
Et que le soleil enfin
Chante la douce chanson
De la folie
Et que les arbres
centenaires
Retournent enfin à leurs fosses
vides.
(In ando Drome
II)
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